Quand on débute à son compte, annoncer son prix peut donner l’impression de passer un oral sans connaître le sujet. Pourtant, un tarif viable se construit avec des charges, des jours facturables et une offre clairement délimitée, pas avec une boule de cristal.
On est nombreux à confondre deux choses : débuter comme indépendant et débuter dans son métier. Un graphiste, un plombier, un consultant ou un rédacteur peut avoir peu de références commerciales tout en possédant déjà des années de pratique. Le tarif doit donc tenir compte de la compétence vendue, du temps réellement disponible, de la complexité de la mission et de la responsabilité prise.
Le piège classique consiste à copier le prix d’un concurrent, à retirer encore 20 % pour se rassurer, puis à découvrir après trois missions que les appels, les devis, les trajets et les corrections ont mangé la marge. Ça sonne creux, ce tarif fixé au feeling.
Le tarif au doigt mouillé finit souvent dans le rouge
Avant de regarder les prix affichés ailleurs, il faut connaître son seuil de rentabilité. Ce montant répond à une question simple : en dessous de quel tarif votre activité ne couvre-t-elle plus la rémunération souhaitée et les coûts de fonctionnement retenus dans votre calcul?
Pour une prestation facturée à la journée, on peut partir de cette formule :
TJM plancher = (revenu annuel souhaité + charges annuelles) ÷ nombre de jours facturables
Le revenu annuel souhaité correspond à ce que vous voulez dégager pour vivre. Les charges regroupent les cotisations liées à votre statut, les logiciels, l’assurance, le téléphone, le matériel, les déplacements, la comptabilité, la communication et les autres frais professionnels. Le régime choisi modifie le traitement des cotisations, de la TVA et des dépenses. Ce calcul sert donc de base de pilotage, pas de règle fiscale universelle.
Le plancher qui évite de travailler pour des prunes

Prenons un cas simple. Vous visez 35 000 euros par an pour votre rémunération et vous estimez vos charges annuelles à 18 000 euros. Avec 180 jours facturables, le calcul donne : 53 000 ÷ 180, soit environ 294 euros par jour.
Ces 294 euros constituent un plancher indicatif. Ils ne prévoient pas forcément une réserve confortable pour les impayés, les périodes creuses, le renouvellement du matériel ou une baisse temporaire d’activité. Votre prix cible doit donc se situer au-dessus, selon votre marge de sécurité et votre situation.
Les 220 jours, ce faux ami très ouvré
Diviser un revenu annuel par 220 jours donne un résultat séduisant, mais rarement réaliste pour un indépendant débutant. Vous ne facturez pas les congés, la formation, la prospection, la préparation des devis, la gestion des factures ni chaque journée passée à chercher une mission. Certains mois comporteront aussi des creux.
Retenir 180 jours facturables peut constituer une hypothèse prudente pour démarrer, mais ce n’est pas une vérité gravée dans le marbre. Un artisan avec des chantiers longs, un consultant en mission récurrente et un photographe qui travaille surtout le week-end n’auront pas le même calendrier. Le dénominateur doit ressembler à votre activité, pas à celui d’un salarié imaginaire.
Le tarif commence par le temps que vous pouvez vendre, pas par le temps que vous passez à travailler.
Le marché vous donne la météo, pas votre salaire

Une fois le plancher calculé, comparez votre offre à des profils réellement proches. Regardez les tarifs de personnes qui vendent la même prestation, à des clients comparables, avec un niveau d’expérience et une zone géographique similaires. Une moyenne générale mélange souvent débutants, spécialistes et prestations qui n’ont rien à voir.
Observez aussi ce qui est compris : rendez-vous préparatoire, déplacement, matériel, urgence, nombre de corrections, suivi après livraison ou maintenance. Deux prix peuvent sembler éloignés alors que l’un inclut trois réunions et l’autre un simple fichier final. Comparer uniquement le chiffre, c’est comparer deux menus en ignorant les ingrédients.
Les baromètres professionnels et les profils publics sur les plateformes freelance donnent une fourchette. Ils ne décident pas de votre prix. Si vous avez quinze ans d’expérience dans votre métier, vous débutez peut-être comme indépendant, mais vous ne repartez pas de zéro en expertise. Offrir gratuitement ses réflexes, son réseau et sa capacité à éviter les fausses pistes serait une sacrée remise en question du bon sens.
Compter les heures sans perdre le compte
Le tarif horaire convient à une intervention clairement mesurable : dépannage, accompagnement ponctuel, cours, retouche ou production répétitive. Il rend la facture lisible, mais il peut pénaliser celui qui travaille vite. Une heure d’expertise n’a pas toujours la même valeur qu’une heure de tâche standard.
Le tarif journalier fonctionne quand le client réserve votre disponibilité pour une journée ou une période définie. Il faut alors préciser ce que couvre cette journée, notamment les réunions, les livrables attendus et les éventuels dépassements. Une journée ne devrait pas devenir une autorisation de travailler jusqu’à minuit, sinon l’ego, cet allié qui devient parfois un ennemi, prend le contrôle du planning.
Le forfait par projet convient mieux quand le périmètre est identifiable : identité visuelle, audit, séance photo, site vitrine, série de contenus ou accompagnement avec livrables précis. Le calcul interne reste basé sur le temps estimé, mais le client achète un résultat défini. Ajoutez une marge pour les aléas et délimitez les révisions.
Le client n’achète pas votre chronomètre
La tarification à la valeur peut s’ajouter à ces méthodes lorsque la prestation produit un effet mesurable ou évite un coût significatif. Un audit qui réduit un risque, une page commerciale qui améliore un parcours ou une intervention urgente ne se valorise pas uniquement au nombre d’heures passées.
Cette approche exige toutefois de comprendre le besoin du client et de ne pas promettre un résultat que vous ne maîtrisez pas. La valeur perçue varie selon le secteur, le budget, l’urgence et les conséquences du projet. Pour une mission de début, mieux vaut parfois un forfait clair et prudent qu’un grand discours sur le retour sur investissement.
Négocier, oui. Se brader, non merci

Avant d’envoyer un devis, fixez deux bornes : votre prix cible et votre prix de réserve. Le premier correspond à la rémunération souhaitée pour la mission. Le second est le montant en dessous duquel le projet ne couvre plus correctement votre temps, vos coûts et votre risque.
Si le contexte s’y prête, vous pouvez afficher un prix supérieur de 10 à 15 % à votre cible pour conserver une marge de discussion. Cette marge n’a de sens que si le périmètre et le budget du client sont cohérents. Elle ne doit pas servir à gonfler artificiellement un devis avant de jouer au marchand de tapis.
Lorsqu’un prospect demande une baisse, réduisez d’abord le périmètre : moins de livrables, un délai différent, une seule série de corrections ou une réunion en moins. Garder le même travail pour un prix réduit transforme vite la mission en bénévolat avec facture.
Un budget trop bas appelle une offre plus petite, pas une valeur professionnelle rabotée.
Annoncez votre tarif sans vous excuser. Expliquez ce qu’il couvre : temps de préparation, exécution, échanges, matériel, livraison et corrections prévues. Si le prospect ne retient que le prix le plus bas, il ne correspond peut-être pas à votre positionnement. On ne convainc pas tout le marché en devenant systématiquement le moins cher.
Les coûts cachés sortent du placard

Un prix peut sembler correct sur le papier et rester déficitaire dans les faits. Ajoutez les abonnements logiciels, l’hébergement, le téléphone, les fournitures, l’assurance, les frais bancaires, la publicité, les déplacements, les formations et l’entretien du matériel. Les dépenses ponctuelles comptent aussi : un ordinateur remplacé ou un billet de train peut avaler plusieurs petites missions.
Dans certains régimes, notamment la micro-entreprise, les frais réels ne sont pas déduits du chiffre d’affaires déclaré. Il faut donc intégrer ces coûts avant de fixer le prix et vérifier les règles applicables à votre situation auprès des organismes compétents ou d’un professionnel. Pour les petites sorties répétées, un suivi séparé évite de laisser les dépenses fantômes s’accumuler.
Ajoutez également les conditions de paiement. Un acompte, une échéance claire, des frais de déplacement distincts et une clause sur les demandes hors périmètre évitent de financer le projet à la place du client. Le devis doit préciser les livrables, les délais, les corrections incluses et ce qui fera l’objet d’un supplément.
Réviser son prix sans refaire toute sa vie

Le premier tarif n’est pas un tatouage. Après chaque mission, comparez le temps prévu au temps passé, repérez les demandes non facturées et notez les éléments qui ont accéléré ou ralenti le travail. Vous verrez vite si vos forfaits sont trop bas, si vos réunions débordent ou si certains clients consomment davantage de suivi que prévu.
Réexaminez vos prix au moins une fois par an, et plus tôt si vos charges augmentent, si votre offre se spécialise ou si la demande devient plus forte. Une nouvelle certification, une expertise réglementaire ou une capacité à résoudre un problème complexe peuvent justifier un repositionnement. Le client n’achète pas uniquement un livrable : il paie aussi un jugement, une méthode et une responsabilité.
Pour un lancement, gardez un tableau simple avec le client, la prestation, le prix vendu, le temps total, les frais engagés et le résultat obtenu. Notre cher chroniqueur maison appellerait ça le carnet qui évite les sueurs froides du vendredi soir. Pas très glamour, mais nettement plus utile qu’une intuition habillée en stratégie.
Le bon tarif n’est pas celui qui plaît à tout le monde. C’est celui qui couvre votre activité, correspond à une offre compréhensible et laisse assez d’air pour travailler correctement. Le devis est parti, le client réfléchit : au moins, cette fois, vous ne travaillez pas à perte avant même d’avoir commencé.
Sources et références scientifiques
- A comprehensive value-based method for new nuclear medical service pricing: with case study of radium [223Ra] bone metastases treatment – PMC. BMC health services research. DOI: 10.1186/s12913-024-10777-8 · PMID: 38553709.
- 1.Gregson N, et al. Pricing medicines: theory and practice, challenges and opportunities. Nat Rev Drug Discovery. 2005;4(2):121-30. doi: 10.1038/nrd1633. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1038/nrd1633.
- 2.Avlonitis GJ, Indounas KA. Service pricing: an empirical investigation. J Retailing Consumer Serv. 2007;14(1):83-94. doi: 10.1016/j.jretconser.2006.04.003. [DOI] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.jretconser.2006.04.003.
- 3.Leao DLL, et al. The impact of Value-based payment models for networks of Care and Transmural Care: a systematic literature review. Applied Health Economics and Health Policy; 2023. [DOI] [PMC free article] [PubMed].
- 4.Towse A. Value based pricing, research and development, and patient access schemes. Will the United Kingdom get it right or wrong? Br J Clin Pharmacol. 2010;70(3):360-6. doi: 10.1111/j.1365-2125.2010.03740.x. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1111/j.1365-2125.2010.03740.x.
- 5.Rochlin DH, et al. Commercial price variation for breast reconstruction in the era of price transparency. JAMA Surg. 2023;158(2):152-60. doi: 10.1001/jamasurg.2022.6402. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1001/jamasurg.2022.6402.
- 6.Waters HR, Hussey P. Pricing health services for purchasers, a review of methods and experiences. Health Policy. 2004;70(2):175-84. doi: 10.1016/j.healthpol.2004.04.012. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.healthpol.2004.04.012.
- en Y-j, et al. How do inpatients’ costs, length of stay, and quality of care vary across age groups after a new case-based payment reform in China? An interrupted time series analysis. BMC Health Serv Res. 2023;23(1):1-10. doi: 10.1186/s12913-023-09109-z. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1186/s12913-023-09109-z.
- 8.Garrison LP, Towse A. Value-based pricing and reimbursement in Personalised Healthcare: introduction to the Basic Health Economics. J Personalized Med. 2017;7(3):10. doi: 10.3390/jpm7030010. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.3390/jpm7030010.
- 9.Ding YF, et al. Availability and affordability of therapeutic monoclonal antibodies after the New Medical Reform in Hubei Province, China. Curr Med Sci. 2022;42(6):1325-33. doi: 10.1007/s11596-022-2677-2. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1007/s11596-022-2677-2.
- 10.Keel G, et al. Time-driven activity-based costing in health care: a systematic review of the literature. Health Policy. 2017;121(7):755-63. doi: 10.1016/j.healthpol.2017.04.013. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.healthpol.2017.04.013.
- 11.Zimmerman JL. Accounting for decision making and control. McGraw-Hill Education; 2009..
- 12.Leusder M, et al. Cost measurement in value-based healthcare: a systematic review. BMJ Open. 2022;12(12):e066568. doi: 10.1136/bmjopen-2022-066568. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1136/bmjopen-2022-066568.
- Provider and patient perceptions of traditional Chinese medicine service pricing reform: evidence from Northeast China – PMC. Frontiers in public health. DOI: 10.3389/fpubh.2026.1846076 · PMID: 42338528.
- 1.World Health Organization. Global Traditional medicine Strategy 2025-2034. Washington, DC: World Health Organization; (2025). [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar].
- 2.World Health Organization. Healthy China: Deepening Health Reform in China: Building High-Quality and Value-Based Service Delivery. Geneva: World Bank Publications; (2019). [Google Scholar].
- 3.Li Y, Zhu H, Luo X, Li R. Research on the construction of TCM medical service price system based on characteristics. Mod. Hosp. Manage. (2021) 19:62-4. doi: 10.3969/j.issn.1672-4232.2021.06.017 (in Chinese) [DOI] [Google Scholar]. doi:10.3969/j.issn.1672-4232.2021.06.017.
- 4.Jegers M, Kesteloot K, De Graeve D, Gilles W. A typology for provider payment systems in health care. Health Policy. (2002) 60:255-73. doi: 10.1016/S0168-8510(01)00216-0, [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/S0168-8510(01)00216-0.
- 5.Porter ME. What is value in health care? N Engl J Med. (2010) 363:2477-81. doi: 10.1056/NEJMp1011024, [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1056/NEJMp1011024.
- 6.Teisberg E, Wallace S, O’Hara S. Defining and implementing value-based health care: a strategic framework. Acad Med. (2020) 95:682-5. doi: 10.1097/ACM.0000000000003122, [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1097/ACM.0000000000003122.
- 7.Busse R, Geissler A, Aaviksoo A, Cots F, Häkkinen U, Kobel C, et al. Diagnosis related groups in Europe: moving towards transparency, efficiency, and quality in hospitals? BMJ. (2013) 346:f3197. doi: 10.1136/bmj.f3197 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1136/bmj.f3197.
- 8.Mathauer I, Wittenbecher F. Hospital payment systems based on diagnosis-related groups: experiences in low-and middle-income countries. Bull World Health Organ. (2013) 91:746-756A. doi: 10.2471/BLT.12.115931, [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.2471/BLT.12.115931.
- 9.State Council of the People’s Republic of China (2025). Five batches of TCM price-item guidelines standardize price items and promote quality and efficiency. Available online at: (Accessed May 6, 2026) (in Chinese)..
- 10.Li J, Lyu X, Ren X. Study on the implementation of the project approval guidelines for medical service pricing items of traditional Chinese medicine. Health Econ Res. (2025) 42:37-9. doi: 10.14055/j.cnki.33-1056/f.2025.10.003 (in Chinese) [DOI] [Google Scholar]. doi:10.14055/j.cnki.33-1056/f.2025.10.003.
- 11.Zhu D, Shi X, Nicholas S, Bai Q, He P. Impact of China’s healthcare price reforms on traditional Chinese medicine public hospitals in Beijing: an interrupted time-series study. BMJ Open. (2019) 9:e029646. doi: 10.1136/bmjopen-2019-029646, [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1136/bmjopen-2019-029646.
- 12.Xu X, Wu Q. Comparison and optimization study of the medical service prices of traditional Chinese medicine in various municipalities of Guangdong Province. Health Econ Res. (2025) 42:71-6. doi: 10.14055/j.cnki.33-1056/f.2025.02.005 (in Chinese) [DOI] [Google Scholar]. doi:10.14055/j.cnki.33-1056/f.2025.02.005.
- Rédaction Indé Après 40. Comment fixer ses tarifs quand on se lance à son compte après 40 ans?. 2026.
- How to Set Your Freelance Rates Without Underselling.
- Tom Denichou. Comment fixer ses prix?. 2025.
- Tom May. How to set your rates as a freelancer (and actually get paid what you're worth). 2025.
- Anna Burgess Yang. How to Set Your Rates as a Freelancer. 2026.
- Chris Hanna. How to Set Prices as a Freelancer (Choosing Your Rates) – Freelance Ready. 2024.